Six anecdotes importantes* dans la vie d'un scénariste ?

Il y a quelques semaines, le scénariste (de télévision… mais aussi de BD) Cedric PERRIN m’envoyait une patate chaude à sa façon. Vous voyez le genre : répondez à tant de questions, faites suivre à vos amis, tout ça, tout ça. Heureusement, cette fois, les instructions permettent de répondre en disant des choses intéressantes. C’est donc ce que je vais essayer de faire ci-dessous.

La règle du jeu me demande d’écrire « six choses d’importance » à mon sujet. C’est parti…

  1. Quand j’étais petit, avant d’aller au lit, mon père me racontait des histoires qu’il inventait à la volée. Il avait compris comment satisfaire son public et on retrouvait toujours à peu près la même distribution des rôles et les mêmes scènes. Souvent, un loup terrorisait un village. Les villageois capturaient le loup. Ils le mettaient dans un sac et ils tapaient tous sur le sac, chacun son tour. Puis ils faisaient pipi et caca dessus avant de lancer le sac du haut d’une falaise. Et là, le loup plein de pipi et de caca tombait dans la mer… et se faisait dévorer par un requin mako qui passait par-là. Oui, c’était bien un requin mako. J’étais fan. D’ailleurs, mon père avait aussi une dent de requin en collier autour du cou. Elle provenait d’un requin qu’il avait éventré de l’intérieur après avoir été avalé lors d’une séance de plongée sous-marine. Là aussi, je le soupçonne de m’avoir raconté des histoires.
  2. Ma mère m’a appris à lire à l’âge de 4 ans grâce à la méthode « Borel-Maisonny ». Si mes souvenirs sont bons, cette méthode était autrefois réservée à l’apprentissage de la lecture auprès des élèves des classes de perfectionnement. En tout cas, grâce à cette initiative, j’ai pu lire mon premier Spécial Strange « tout seul » en décembre 1978. Sacrée aventure qui se poursuit encore !
  3. Quand je suis rentré en sixième, on m’a demandé de remplir une fiche. En fait, tous les profs me l’ont demandé. Ils ont demandé ça à tous les élèves de toutes les classes, pendant toute ma scolarité. Et je les soupçonne de continuer à le faire. Bon. Eh bien, quand il a fallu indiquer le métier que je voulais faire plus tard, j’ai répondu « scénariste de bandes dessinées ». En fait, je voulais mettre « scénariste des X-Men » mais je me suis dit que personne ne comprendrait.
  4. J’ai eu des enseignants fabuleux (et d’autres bien nazes, aussi). En quatrième et en troisième, j’ai eu un prof de latin et de français extraordinaire. Pas comme dans le Cercle des Poètes Disparus mais dans un registre équivalent. Un type formidable au sens de l’humour inédit à ce poste. Un type avec qui on pouvait discuter de tout et qui nous prenait au sérieux. Il m’a envoyé une carte de félicitations quand j’ai eu mon bac. Il est mort peu de temps après, « des suites d’une longue maladie ». Je ne suis pas allé à son enterrement et je le regrette encore.
  5. Le livre « Comment se faire des Amis (pour réussir dans la vie) » de Dale Carnegie a bouleversé mon existence et mon fonctionnement. Il m’a donné le goût des relations humaines et m’a convaincu d’abandonner mes études de chimie pour me lancer dans la communication. Aujourd’hui encore, grâce au coup de fouet donné par cet ouvrage, je continue à dévorer les collections dédiées au développement personnel, à l’amélioration de la productivité ou des performances, etc. Oui, bien sûr, c’est des trucs de branleurs. Mais je peux vous dire qu’avec le MindMapping, GTD et tout le reste, je suis bien mieux équipé qu’avec juste ma bite et mon couteau.
  6. Quand mon père est mort, j’ai appelé mon frère pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. « C’est pas vrai », il me dit. « Non, c’est pas vrai », je lui réponds. Blanc dans la conversation (il est trois heures du matin et on sait tous les deux que mon père a fait son cinquième infarctus dans l’après-midi). « Non, je déconne. C’est vrai, il est mort. » Ouais, c’était un peu chaud comme dialogue mais sur le moment, ça m’a paru une bonne idée. Et sans dec, c’était une bonne idée. Après tout, mon père aussi, il aurait trouvé ça drôle.

Voilà. En guise de conclusion, je listerai un septième point. Un point capital. Je suis marié et j’ai deux enfants. Je ne pourrai jamais reprocher à ma famille de m’avoir mis des bâtons dans les roues pour réaliser mes rêves de jeunesse, mes ambitions d’auteur de BD. Ma femme m’a toujours soutenu et mes enfants sont très compréhensifs. Si je me plante, ce sera de ma faute. Et celle de personne d’autre. Et que je me plante ou pas, il faudra quand même que je leur file un coup de main pour réaliser les leurs, de rêves…

Il ne me reste plus qu’à désigner les six prochaines victimes de cette chaîne sans fin. Je vous les livre en pâture, comme une horde de paysant jetterait un loup aux requins : Stephan Boschat, Pierre Minne, Ben Basso, Jérôme Wicky, Jim Lainé, Alex Nikolavitch. Ils sont tous mes collaborateurs au sein du studio MAKMA ou du site « comics » Superpouvoir.com et je vous encourage à découvrir leurs blogs ou leurs rubriques à chacun.

* Oui, je sais que c’est un oxymore.

  • Touchantes, ces anecdotes. J’ai adoré le coup de « sécnariste des X-Men » et des « soupçons » pour le coup du requin…

    • Touchant, oui, très humain et intéressant ce « parcours de vie ». Ta mère a eu plus de succès que moi pour l’apprentissage de la lecture à ses enfants…Pas la même méthode non plus, et une autre époque…Et pour les histoires inventées, j’ai fait pareil avec mes filles!!!

  • Merci pour les compliments, les amis !

    Je reviens au passage sur les histoires inventées en direct pour les enfants. Pendant ces vacances, j’ai écouté les histoires que ma femme inventait pour les gosses… c’est de la tuerie. Il faut à tout prix qu’on les fasse éditer.

    On en reparlera dans quelques mois…