L'écriture jeunesse : quelques tuyaux

Je termine ma série d’articles autour du bouquin de Faly Stachak « Écrire pour la Jeunesse » (Eyrolles, 2010). Elle fait l’inventaire de nombreux procédés salutaires qui aideront les auteurs en herbe à mener à bien leur projet d’écriture destiné aux plus jeunes lecteurs. Et comme je le disais dans mon introduction, ce qui est bon pour un jeune lecteur est bon pour n’importe quel lecteur. Ou en tout cas, ça ne peut pas lui faire de mal.

Méthode phonético-gestuelle

Je fais une petite digression mais vous allez comprendre où je veux en venir. Quand j’étais petit, ma mère m’a appris à lire avec une méthode un peu spéciale, qu’on n’utilisait pas à l’école. C’était une méthode à base de gestes accompagnant la prononciation des syllabes. Cette méthode était dédiée aux enfants… sourds ! Eh bien, figurez-vous qu’avec cette méthode hyper efficace (dite Borel-Maisonny), j’ai pu lire mes premières BD à l’âge de 4 ans.

Ma conclusion, c’est que pour bien se faire comprendre, il faut s’adresser à l’enfant qui est en chacun de nous. Même si je veux écrire des histoires d’horreur, par exemple, j’ai besoin de savoir exprimer les choses de manière claire et simple. C’est ça que je recherche en me documentant sur l’écriture jeunesse. Faly Stachak décrit donc quelques outils qui font mouche à tous les coups.

QQQOPC ?!

  • QUI : qui est au centre de l’histoire ? Quels sont les autres personnages ?
  • QUOI : quel est le problème posé ? Que va-t-il se passer ?
  • QUAND : quand a lieu l’histoire ? À quel moment le conflit s’est-il posé ?
  • OÙ : où se situe l’action au départ ? Où va-t-elle emmener le héros ?
  • POURQUOI : qu’est-ce qui a créé le problème ? Quelle cause, quelle origine ?
  • COMMENT : comment se traduit ce problème ? Quels effets ? Quelles conséquences ? Quels obstacles empêchent de dénouer le problème ? Quelles solutions ?

La structure en trois actes : plan en 3 parties avec le début qui accroche le lecteur et le plonge dans l’action (l’incipit), le milieu qui tient le lecteur en haleine entre conflits majeurs et conflits mineurs (qui étoffent eux-mêmes un conflit majeur), et la fin, généralement heureuse (récit jeunesse).

Faly Stachak nous propose ensuite d’aborder les récits selon les travaux de deux grands théoriciens : Jopseph Campbell (dont les travaux ont servi de base à l’écriture de la Guerre des Étoiles, par exemple) et Vladimir Propp (que je ne connaissais pas du tout mais que je compte bien découvrir).

Ainsi, ce dernier nous dit que chaque récit comprend toujours sept personnages principaux : le héros, personnage sympathique auquel s’identifie le lecteur, l’adversaire (le méchant qui doit être vaincu à la fin de l’histoire), le faux héros (rival qui sera démasqué), le donateur que le héros rencontre par hasard et à qui il rend service (il remettra un objet magique qui servira au héros dans sa quête), l’auxiliaire qui aide le héros contre le méchant, la princesse et son père (une seule et même entité, le père incarnant l’ordre social menacé par le méchant et la princesse étant la récompense du héros qui le fait accéder au statut de prince), le mandateur qui envoie le héros à la poursuite du méchant et du trésor à conquérir.

Toujours selon Propp, une histoire se déroule selon six grandes étapes :
1 – situation initiale : présentation du héros dans son décor habituel ; un problème est posé.
2 – apparition d’un manque : besoin vital, moteur de la motivation (car sans motivation profonde, pas d’histoire)
3 – départ du héros : c’est le début du voyage
4 – épreuves : combats, obstacles
5 – aides magiques éventuelles
6 – état final, dénouement : le manque est comblé

Je reviendrai sur les travaux de Joseph Campbell une autre fois, quand j’aurai lu son ouvrage phare : The Hero with a Thousand Faces, que j’ai prévu de commencer d’une semaine à l’autre !

Dans la suite de son livre « Écrire pour la Jeunesse », Faly Stachak aborde également la manière de bien présenter un personnage, les différents styles de narration (insistant sur l’intérêt de la narration à la première personne pour le jeune lectorat), les grands principes d’écriture. Enfin, elle propose aussi un « petit cahier d’exercices » pour mettre en pratique tout ce qu’on a appris en lisant son ouvrage. Si vous voulez en savoir plus, vous savez ce qu’il vous reste à faire : lisez-le !

[lire le début de cet article]

  • sandrine ferrer

    Curieux que tu sois parvenu à échapper à Vlad. Propp jusqu’à présent ^-^ ; en effet sa « Morphologie du conte » (pas d’italique possible dans ce cadre ?) devrait constituer une découverte intéressante.
    Mais si je poste ce message, c’est surtout pour t’adresser de VIFS REMERCIEMENTS, ainsi qu’à ta maman, pour le nom de Mme Suzanne, celle de la méthode dont m’avait parlé ma p’tite sœur, que j’avais oublié : voilà ce que je vais pouvoir souffler à la valeureuse parente désemparée qui a entrepris de réapprendre à lire à son fils, désormais en classe de 5°… MERCI ^-^ !
    Cordialement
    s.f.

  • Salut Sandrine,

    Oui, je plaide coupable, Propp m’a jusqu’ici complètement échappé mais je compte bien réparer cet oubli rapidement. Il y a d’autres gars à côté desquels je suis passé, aussi, comme Dumézil, par exemple. Lui aussi, je vais m’y mettre.

    En tout cas, je suis bien content de voir que la méthode Borel-Maisonny a encore ses adeptes. De tous les livres qui ont croisé mon chemin, c’est le premier à avoir eu autant d’impact sur ma vie !