Le triomphe du héros

Grimm Fairy Tales

Cet article fait suite à « l’intrigue est nouée ». Notre héros se retrouve donc face à un personnage, le « donateur » qui va lui proposer un échange, sous une forme ou une autre. Le héros réagit aux actions du futur donateur : il réussit l’épreuve… ou non. Il répond au salut du donateur… ou non. Il rend au mort le service demandé… ou non.

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Il libère le prisonnier. Il épargne l’animal qui le lui demande. Il fait le partage et réconcilie ceux qui se disputaient. Là, il peut duper les deux adversaires : il les envoie chercher une flèche pendant qu’il dérobe lui-même leur butin !

Par bonté, le héros peut aussi rendre un autre service qui n’est pas demandé. Puis, il se sauve des attaques qui le visent en retournant les moyens du personnage hostile contre celui-ci. Le héros remporte la victoire sur l’être hostile… ou non.

Le héros accepte l’échange mais utilise aussitôt la force magique de l’objet contre le donateur.

L’objet magique est mis à la disposition du héros. Les objets magiques peuvent être : des animaux, des objets dont sortent des auxiliaires magiques, des objets ayant des propriétés magiques, des qualités reçues directement (pouvoirs magiques, force surhumaine).

La transmission peut revêtir plusieurs formes : objet transmis directement, récompense. L’objet se trouve en un lieu indiqué. L’objet se fabrique (éventuellement sur commande). L’objet se vend et s’achète. L’objet tombe par hasard entre les mains du héros. L’objet apparaît spontanément. On boit ou on mange l’objet. On vole l’objet. Divers personnages se mettent eux-mêmes à la disposition du héros

Le héros est transporté près du lieu où se trouve l’objet de sa quête. Il se déplace dans l’espace entre deux royaumes. Il voyage avec un guide. L’objet de la quête se trouve dans un autre royaume très lointain (à l’horizontale… ou à la verticale).

Le héros affronte l’agresseur : combat, compétition, jeu.

Le héros reçoit une marque : soit elle est imprimée sur son corps, soit il s’agit d’un anneau ou d’un mouchoir.

Le héros triomphe de l’agresseur. Le méfait initial est réparé, ou le manque est comblé. Le climax du conte intervient lorsque l’objet de la quête est enlevé, par la force ou par la ruse.

Le héros revient. Le héros est poursuivi. Le héros est secouru : il est emporté dans les airs, il met des obstacles sur la route de ses poursuivants, il se cache.

Parfois, un autre méfait a lieu qui recommence une autre série de fonctions pour le héros. C’est alors un nouveau conte qui débute !

Le héros arrive incognito chez lui ou dans une autre contrée, chez le roi d’un autre pays. Un faux héros fait valoir des prétentions mensongères : ses frères ou un général qui se fait passer pour le vainqueur du dragon. On propose au héros une tâche difficile. La tâche est accomplie : le héros est reconnu tandis que le faux héros ou l’agresseur est démasqué.

Le héros reçoit une nouvelle apparence : transfiguration, nouveaux vêtements, construction d’un château. Le faux héros ou l’agresseur est puni. Le héros se marie et monte sur le trône. Fin de l’histoire.

Dans notre prochain épisode consacré à la morphologie des contes de Vladimir Propp, nous conclurons sur la typologie des personnages de ces contes.

  • Mouais. Tout ça, c’est de l’analyse après coup, c’est une étude universitaire de démontage de la pulsion créatrice, mais je pense que, s’y référer pour construire une histoire, c’est inverser la démarche. Une histoire doit naître de sa propre logique, avant tout, connaître un développement organique, plutôt que de passer de l’étape A1 à l’étape B2 parce que c’est indiqué comme ça sur la fiche Ikea.

    Les résultats les plus visibles de ce genre de démarche, ce sont les scénarios de films hollywoodiens, trop souvent conçus par des scénaristes formés dans des ateliers d’écriture, qui traînent tout le temps les mêmes « thèmes » rabâchés et les mêmes intrigues clonées (que le formatage propre au cinéma achève de priver de vie), qui donnent à toute la production récente cet air de production à la chaîne.

    Mais bon, ce que j’en dis, moi, c’est pour causer…

    • Je suis aussi de ton avis. Mais je crois aussi que le meilleur moyen de se démarquer de la production standardisée, c’est encore de comprendre le fonctionnement de ces standards. Voire leur raison d’être. Ensuite, une fois que t’as mis le bordel dans les pièces de Lego, tu remontes le truc à ta sauce.